03 octobre 2008

ROBERT BADINTER

Blog de Pascal Jean Gimenez : Regard sur l'Europe

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(catégorie : II Regard sur l'Europe)

17. ROBERT BADINTER

Si Robert Badinter avait été sollicité pour rédiger la question du référendum 2005, il n'aurait pas posé la question qui a été soumise à tous les français le 29 mai 2005. Dans son plaidoyer en faveur de l'Europe paru dans le "Nouvel Observateur" fin mai 2005 (n° 2116, p 58), intitulé "Ne votez pas contre la France ! Un rejet du Traité constitutionnel par notre pays pèserait lourd...mais contre lui", il explique :

"La vérité est simple: le Traité constitutionnel est nettement préférable au Traité de Nice qui nous régit actuellement. Or tel est le véritable enjeu du référendum et la question posée devrait être : "Préférez-vous le projet de Traité constitutionnel à l'actuel Traité de Nice".

Le Traité constitutionnel marque d'indiscutables avancées. Les institutions de l'Union seront plus démocratiques grâce au renforcement des pouvoirs du Parlement Européen et au droit de pétition collective reconnu aux citoyens européens. Elles seront plus efficaces, notamment par l'extension du domaine des décisions prises par le Conseil à la majorité qualifiée et non plus à l'unanimité. La présence de l'Union sur la scène internationale sera renforcée par la création d'un Président du Conseil européen élu pour deux ans et demi et d'un Ministre des Affaires Etrangères qui s'exprimera au nom de l'Union tout entière. Les parlements nationaux pourrons veiller au principe de subsidiarité, c'est-à-dire à la sauvegarde de leurs compétences nationales. Et, s'agissant de la France, son influence sera accrue au sein du Conseil, l'exception culturelle préservée, les services publics reconnus. Je pourrais énumérer d'autres progrès.

Mais je veux insister sur un sujet qui me tient à coeur : la "Charte des droits fondamentaux des citoyens européens". Elle sera intégrée dans la Constitution et revêtira force juridique. Dorénavant tous les aspects de l'Union devront respecter ces droits fondamentaux et les citoyens européens auront le pouvoir de faire annuler en justice les dispositions contraires. Garanties essentielles pour chacun d'entre nous et instrument efficace de progrès social. Car les droits sociaux s'inscrits dans la Charte (notamment l'égalité hommes/femmes, la liberté syndicale, le droit de grève et la négociation collective, la protection contre les licenciements, les droits des personnes handicapées) feront l'objet de décisions de la Cour de Justice du Luxembourg. Et grâce à sa jurisprudence, le droit social commun de l'Union Européenne se développera. La confédération européenne des syndicats ne s'y est pas trompé, qui appelle à ratifier le traité qualifié par elle de "seul grand instrument dont on dispose pour progresser vers une Europe plus sociale" (...).

La construction de l'Union Européenne est la grande entreprise des européens depuis quarante ans. Dans le regard admiratif que posent sur l'union des citoyens du monde, elle apparaît comme une grande réussite. Les européens ont su briser le cours d'une histoire tragique. Ils ont substitué le règne du droit à celui de la force, réalisé un espace commun de libertés mieux protégé que partout ailleurs. L'Union s'est révélée source de progrès et de prospérité pour un chacun des Etats membres. Pourquoi interrompre cette marche en avant ? Au contraire, dès le Traité constitutionnel ratifié, il faudra repartir vers de nouveaux horizons européens : la recherche, l'éducation, la culture, la sauvegarde de l'environnement, l'aide aux pays en développement. Pour les jeunes français, il n'est d'avenir qu'européen. Ne cédons pas à la tentative du repli ou de la crise qui ne servirait qu'aux adversaires de l'Union européenne (...)" (source : Robert Badinter, "Le Nouvel Observateur", semaine du 26 mai au 01 juin 2005, n° 2116, p 58).

Dans l'émission "100 minutes pour comprendre" diffusée sur France 2, jeudi 27 janvier 2005, Robert Badinter confie : "Quand on atteint l'âge que j'ai atteint, quel est pour notre génération le seul vrai motif de fierté ? C'est la construction européenne, c'est ce que les européens ont fait ensemble et qui est unique, c'est-à-dire qu'à la violence, à la force, à la guerre, on a substitué le droit, la compréhension, l'accord et la rencontre des uns avec les autres".

 Né à Paris le 30 mars 1928, Robert Badinter a longtemps été l'avocat attitré de La Ligue Internationale contre le Racisme et l'Antisémitisme (LICRA), membre du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF) et du club Le Siècle, dont fait partie presque tous les membres français de la Trilatérale. Il est l'époux d'Elisabeth Bleustein-Blanchet.

Le Siècle (13, avenue de l'Opéra 75001 Paris) est fondé en septembre 1944 et dirigé de main de maître par le franc-maçon (loge Eole) Bernard Quélin (grand patron de la Société Générale de Presse). C'est un cercle de réflexion qui réunit les membres influents de la société française. Avec plus de 575 membres habilement sélectionnés et le renouvellement de 160 invités chaque année, Le Siècle représente un lobby très influent, dont la vice-présidente est actuellement l'écrivain Françoise de Chandernagor. 

Chaque mois 250 à 300 de ses membres (cooptés par deux parrains) se retrouvent à l'Automobile Club de Paris (place de la Concorde) pour dîner par groupes de sept à huit personnes. Parmi les convives se retrouvent notamment : Denis Jeambar (ancien directeur de la rédaction de L'Express), Franz-Olivier Giesbert (directeur de la rédaction du Point), Patrick Poivre d'Arvor, Michelle Cotta (ancienne Présidente de la CNCL, ex-CSA), Jean-Marie Colombani (ancien directeur du Monde), Anne Sinclair, Alain Minc, Dominique Strauss-Kahn, Jean-Pierre Chevènement, Bernard Kouchner, Olivier Schrameck (directeur de cabinet du Premier Ministre Lionel Jospin de 1997 à 2002), Martine Aubry, Louis Gallois (Président d'EADS), Michel Bon (ancien Président de France Télécom), Jean Peyrelevade (ancien Président du Crédit Lyonnais, actuel Président de l'Institut Aspen France), Louis Schweitzer (ancien Président de Renault, Président de la HALDE), Hubert Védrine (ancien Ministre des Affaires Etrangères et Secrétaire Général de l'Elysée sous François Mitterrand), Elisabeth Guigou, Jean-Claude trichet (Président de la BCE), Gérard Worms (Président de la Banque Rothschild), Ernest-Antoine Seillière, André-Lévy Lang (ancien Président de Paribas), Pierre Bilger (ancien Président d'Alsthom), Bernard Collomb (Président de Lafarge), Philippe Jaffré (décédé en 2007, ancien Président d'Elf Aquitaine)...

 

Sénateur des Hauts-de-Seine depuis 1995, Robert Badinter a souvent pris la défense de causes célèbres. Nommé Garde des Sceaux par François Mitterrand, il parvient à faire voter par l'Assemblé Nationale l'abolition de la peine de mort le 9 octobre 1981. Il est également à l'origine de plusieurs mesures telles que l'abrogation du délit d'homosexualité, la suppression de la Cour de sûreté de l'Etat et des tribunaux permanents des forces armées, l'élargissement du droit d'action des associations pour la poursuite des crimes contre l'humanité et des infractions racistes. Robert Badinter a présidé le Conseil Constitutionnel de 1986 à 1995, et a dirigé la Commission d'arbitrage de la Communauté Economique Européenne (CEE) sur la question Yougoslave.

Professeur émérite à l'université Paris 1 (Panthéon-Sorbonne), Robert Badinter est membre du Conseil d'administration de l'Institut Français des Relations Internationales (IFRI) et du Conseil de surveillance du Groupe Publicis dont son épouse est une des héritières.

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