10 octobre 2008
RAYMOND BARRE
Blog de Pascal Jean Gimenez : Regard sur la Mondialisation
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(catégorie : Regard sur la Mondialisation)
2. RAYMOND BARRE
Raymond Barre (1924-2007) fut un des partisans les plus actifs de l'Union Economique Monétaire. A l'issue de ses études au Lycée Lecomte de Lisle à Saint-Denis de la Réunion, ou le célèbre avocat pénaliste Jacques Vergès lui servit parfois d'émule, Raymond Barre travaille en 1942 après la libération de l'île, au service de presse et d'information du gouverneur Capagarry.
Mobilisé en mars 1944, Raymond Barre reçoit une instruction militaire à Madagascar qui devait lui permettre d'embarquer pour l'Indochine, ce qui le contraindra à renoncer à la tradition familiale de suivre des études de médecine à la faculté de Montpellier. Mais les américains et les britanniques ne fourniront pas les navires de transport nécessaires avant la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Démobilisé fin 1945 sans avoir participé aux opérations, Raymond Barre prend le bateau pour Paris le 15 janvier 1946.
Logé à la cité internationale universitaire, Raymond Barre s'inscrit à la Faculté de Droit et à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris ou il rencontre l'économiste François Perroux (1903-1987), - fondateur de l'Institut de Science Economique Appliquée (ISEA), - qui l'initie à "l'analyse économique quantitative" et aux techniques de la "comptabilité nationale". Il subira surtout l'influence de Jean-Jacques Chevallier (1900-1983), - professeur à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de Paris, membre de l'Académie des Sciences Morales et Politiques de 1964 à 1983, - et de Raymond Aron (1905-1983), - philosophe, sociologue, spécialiste de Karl Marx et promoteur du libéralisme).
Raymond Barre débute sa carrière de professeur à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de Caen en 1950, puis à l'Institut des Hautes Etudes de Tunis de 1951 à 1954 (source : www.asmp.fr/fiches_academiciens/barre_carriere.htm).
Jean Fuerxer démontre dans son livre d'histoire immédiate "Raymond Barre à la loupe" (Edition Le Manuscrit, Tome 1, 2003), que Raymond Barre avait déjà lorsqu'il était en poste en Tunisie " (....) des jugements très carrés. Ainsi considère t-il qu'Antoine Pinay va à contresens de ce qu'il conviendrait de faire, et que sa politique entraînera une chute grave des investissements pour l'avenir".
Directeur de cabinet de 1959 à 1962 de Jean-Marcel Jeanneney, Ministre de l'Industrie du gouvernement de Michel Debré, Raymond Barre reprend en 1962 son enseignement à la Fondation des Sciences Politiques à Paris ou il dirige le "service de recherches sur l'activité économique". Il exerce ensuite une succession de fonctions à dominante économique, notamment en tant que membre du Conseil du centre d'études des revenus et des coûts du Commissariat au Plan (1966) avant que la Général de Gaulle le nomme en 1967, vice-président de la Commission Européenne ou il restera jusqu'en 1972.
Le Plan Barre de stabilité monétaire en Europe qu'il élabore en 1969 en qualité de Commissaire responsable des affaires économiques et financières sert de travail préparatoire au projet d'Union Economique et Financière lancé par les six Etats de la CEE au Sommet de La Haye en 1969. Adopté en 1970 par le Conseil des ministres, ce plan ne sera finalement pas appliqué de la manière prévue. Le "Rapport Werner" (1970) qui en découle, proposait déjà la création d'une organisation communautaire supranationale. La crise des années 1970 ne permettra pas de concrétiser l'Accord survenu en 1971, prévoyant la naissance d'un ensemble monétaire individualisé à l'horizon des années quatre-vingt. Ce projet, qui aboutira à l'instauration de l'Euro a cependant pris du retard sur le calendrier prévu initialement. A la Commission Européenne, Raymond Barre n'a cessé de marteler que l'action communautaire était prioritaire et que l'intérêt commun devait dépasser les intérêts nationaux.
Nommé le 12 janvier 1976 Minsitre du Commerce Extérieur dans le gouvernement de Jacques Chirac, il devient Premier Ministre le 25 août 1976, lorsque Jacques Chirac démissionne de son poste en pleine crise économique et financière. Raymond Barre cumule alors sa fonction de Premier Ministre avec celle de Ministre de l'Economie et des Finances, ce qui ne c'était jamais produit dans l'histoire de la République.
Confronté à la hausse du chômage et de l'inflation, Raymond Barre lance au mois de septembre 1976, le Plan Barre axé sur une politique dite "d'austérité", dans le but de réduire l'inflation et de relancer l'investissement. Bien que surnommé par Valéry Giscard d'Estaing "le meilleur économiste de France", il ne parvient à juguler ni le chômage (+ 60 % depuis le début de ce Plan), ni l'inflation (9,7 % en 1978; 11,8 % en 1979).
Dans "Raymond Barre à la loupe" (Edition Le Manuscrit, Tome 1, 2003), Jean Fuerxer apporte un nouvel éclairage à ce sujet. Ordonné autour d'un examen "à la loupe" des nombreuses déclarations de et écrits de raymond Barre, avant et pendant sa période de responsabilités, Jean Fuerxer démontre que la politique de Raymond barre ne fut pas forcément conforme aux idées libérales qu'il professait par ailleurs (source : www.manuscrit.com/catalogue/textes/fiche_texte.asp).
Proche de l'UDF, Raymond Barre est un des rares hommes politiques français à avoir occupé d'aussi hautes fonctions sans jamais avoir appartenu à un parti politique. Cela ne l'a pas empêché d'être élu député de la 4e circonscription du Rhône (1978-2002) et de devenir Maire de Lyon (1995-2001). Dans un entretien accordé au Figaro le 10 juin 2002, Raymond Barre déclare : "(...) N'appartenant à aucun parti, n'ayant pas le goût du portefeuille ministériel et insensible aux sondages, je pouvais tenir des propos qu'on s'interdisait dans le "microcosme". Il a renoncé à toutes fonctions en 2002.
Raymond Barre a été le Président d'Honneur de l'Institut Aspen France de 1994 à 2004 (source : www.aspenfrance.org/fr/p40.php).
Le 29 août 2007, quelques jours après le décès de Raymond Barre, Jacques Attali remet en cause sur son blog le titre "d'économiste" qui avait fait la réputation de Raymond Barre, en s'interrogeant plus largement sur le rôle des économistes : "A quoi sert un économiste ? Depuis qu'elle existe, la République sut faire, dans ses gouvernements, le meilleur usage de ses professeurs. Des professeurs de tout et n'importe quoi furent, et sont, Ministres de tout et n'importe quoi. Paradoxalement, les seuls enseignants rarement appelés à diriger des administrations sont ceux dont la discipline aurait du justifier qu'on les attendent au premier rang : les professeurs d'économie. De fait, leur réputation est sulfureuse et chacun les considère au mieux, comme des experts aussi doués que les métérologues et au pire comme des rebouteux. Et, comme le disait très justement un des meilleurs prêtres de cette église, (...) Kenneth Boulding : "Un économiste est un expert qui saura vous expliquer demain pourquoi ce qu'il a prévu hier ne s'est pas passé aujourd'hui".
Raymond Barre semble (avec Jean Marcel Jeanneney, son maître, qui le fit entrer en politique), une exception : un économiste montée au plus haut niveau de la vie publique. En réalité, il n'était pas un économiste, mais un professeur; et peu importe ce qu'il enseignait; il était surtout un formidable vulgarisateur, (je fus très heureux d'être son élève) des idées des autres, aussi complexes qu'elles soient, sans jamais avoir été lui-même capable, ni même avoir souhaité, exprimer la moindre idée personnelle. Depuis son passage au gouvernement (qui laissa le pays dans une situation pire que celle ou il le trouva), presque personne n'a éprouvé le besoin de renouveler l'expérience, sinon avec d'autres pédagogues, comme Dominique Strauss-Kahn, dont l'apport à la théorie n'est pas non plus le premier titre de gloire. Depuis, les économistes sont cantonnés dans des postes d'experts, dans les banques ou les administrations. Les meilleurs d'entre eux partent par wagons entiers enseigner dans les universités américaines; quatre d'entre eux sont aujourd'hui considérés comme dignes du Prix Nobel, cette récompense magnifique qui distingue chaque année des travaux qui seront sans doute considérés dans cinquante ans comme aussi ridicules que le sont aujourd'hui les oeuvres des écrivains récompensés de ce même prix il y a un demi siècle. Parce que cette science n'excelle que dans l'art de se vendre : comme le disait un des plus lucides de ses maîtres, John Galbraith : "Un économiste, c'est quelqu'un qui ne sait pas de quoi il parle, et qui vous fait sentir que c'est de votre faute" (source : http://blogs.lexpress.fr/attali/2007/08/).
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13:19 Publié dans III REGARD SUR LA MONDIALISATION | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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