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15 octobre 2008

"L'HOMME EUROPEEN" DU FRANCAIS DOMINIQUE DE VILLEPIN ET DE L'ESPAGNOL JORGE SEMPRUN

Blog de Pascal Jean Gimenez : Regard sur l'Europe

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(catégorie : Regard sur l'Europe)

11. "L'HOMME EUROPEEN" DU FRANCAIS DOMINIQUE DE VILLEPIN ET DE L'ESPAGNOL JORGE SEMPRUN

L'essai de Dominique de Villepin et de Jorge Semprun, "L'Homme Européen" (Plon, 2005), a bénéficié dans le magazine Paris-Match du 11 au 20 avril 2005, de trois pages de promotion sous forme d'entretien. En préambule de leur article, Gilles Martin-Chauffier et Benjamain Locoge notent : "La campagne pour le référendum sur la Constitution européenne aura suscité des mariages inattendus. Les tartuffes ont fait mine de s'indigner que François Hollande et Nicolas Sarkozy posent côte à côte pour défendre le OUI. Les mêmes pousseraient des cris d'orfraie si on accolait sur la même affiche Laurent Fabius et Jean-Marie Le Pen ou Henri Emmanuelli et Philippe de Villiers. Ne parlons pas des phrases que ces deux socialistes prononcèrent à l'époque du Traité de Maastricht : leur cohérence intellectuelle est aussi hasardeuse que leur ton dogmatique est invariable. Mais les occasions inattendues peuvent se révéler fécondes. Ainsi le projet commun de Jorge Semprun et de Dominique de Villepin. Ensemble, ils publient "L'homme européen", un manifeste en faveur de la Constitution européenne. Rien de politicien dans ce texte qui parle de Charles Quint et de Montesquieu, d'Ortega y Gasset et d'Husserl. Ils ne polémiquent pas, ils argumentent en faveur d'un rêve, celui d'une Europe redevenue assez puissante pour guider le monde et donner à notre continent un espoir. 

Paris-Match : "Et si le NON l'emportait le 29 mai prochain ?"

Dominique de Villepin : "Une victoire du NON serait un signal donné à la peur, à l'inquiétude, à la frivolité et au repli de soi. La France se retrouverait alors plus petite, dans les yeux des autres, plus petite dans ses propres yeux. Nous aurions subitement le sentiment d'avoir un pays rapetissé. Je ne suis pas sûr que les français vivent avec l'idée d'être assis sur un strapontin au fond de la classe. Ce serait donner un chèque en blanc aux forces du libéralisme absolu. Exactement ce que les français ne souhaitent pas..." (source : Gilles Martin-Chauffier et Benjamin Locoge, Paris-Match, semaine du 11 au 20 avril 2005, n° 2917, p 3 à 5).

 

Depuis les français se sont exprimés majoritairement en faveur du NON et Dominique de Villepin est devenu Premier Ministre. Lors de sa déclaration de politique générale à l'Assemblée Nationale, mercredi 8 juin 2005, il a déclaré vouloir "réconcilier les deux France, celle du OUI et celle du NON", en proposant d'assumer et de réaffirmer le rôle du politique.

La presse n'a pas toujours été tendre avec lui : "(...) Sa nomination à la tête du gouvernement (...) avait pourtant été accueilli fraîchement par les milieux économiques. On raillait son manque d'expérience dans ce domaine. Sa phrase favorite: "Ce pays doit marcher sur deux jambes, une de liberté et l'autre de solidarité", faisait au mieux sourire, au pire s'indigner, tant la grandiloquence semblait masquer l'absence de pensée. N'avait-il pas été nommé par défaut, ultime joker d'un Président à bout de souffle, avant tout préoccupé de barrer la route à Nicolas Sarkozy ? " (source : Ivan Best et Daniel Fortin, Challenges, semaine du 8 au 14 septembre 2005, n°2, p 14).

Cette campagne référendaire fut en quelque sorte un test grandeur nature pour mesurer la capacité des électeurs à dépasser progressivement le clivage gauche-droite, cette opposition constituant un frein à la mise en place de la Mondialisation. Car cette dernière ne pourra se mettre définitivement en place que lorsque les frontières des Etats disparaîtront définitivement dans les faits et dans les têtes.

Le duo formé de Dominique de Villepin (www.premier-ministre.gouv.fr/acteurs/premier_ministre/his...) et de Jorge Semprun (www.academie-goncourt.fr/m_semprun.htm) relève en quelque sorte de cette démarche. Désireux de participer au débat sous la forme d'une "conversation par écrit" et de nous donner leur propre vision de l'Europe basée sur la paix et la réconciliation, ils voulaient aussi démontrer que deux acteurs politiques originaires de deux pays différents, engagés en politique dans des camps opposés, pouvaient avoir la même vision de l'Europe : celle de la paix et de la démocratie. Le message subliminal qui émane de ce livre renforce l'image d'une Europe forte, indifférente aux clivages partisans.

Dominique de Villepin et Jorge Semprun sont convaincus que l'Europe et la peur sont étroitement liées : "(...) La peur a toujours habité l'Europe. Elle est l'un des démons qui ressurgit aux moments des plus grandes angoisses, lorsque les repères s'effacent et qu'une brume épaisse semble gagner les consciences. OUI, la peur est maître de l'Europe, parce que notre continent à connu les guerres, les affrontements, les querelles religieuses et leurs millions de morts à travers le continent. (...) Nous sommes des peuples de la tourmente. Nous sommes les hôtes de l'intranquilité.

(...) Mais la peur européenne obéit aussi à des mécanismes plus complexes, alimentés par une angoisse métaphysique qui nous est particulière. Nous sommes les descendants d'une culture qui a voulu organiser le monde suivant des schémas, des calculs, des représentations ordonnés. Toutes ces certitudes, qui garantissaient la paix de l'âme, la science et la raison les ont abattues une à une.

(...) Affirmer puis nier, convaincre puis douter. Voilà le mouvement propre à la conscience européenne, qui explique l'angoisse sourde qui travaille nos peuples. Notre volonté nous pousse vers la conquête et vers la rationalisation, mais sans cesse nous butons contre nos propres découvertes.

(...) Aujourd'hui l'Europe n'est pas seulement confrontée à la résurgence de peurs anciennes, elle ne retrouve pas seulement ce fond d'angoisse qui lui est propre et qui ne cesse d'aiguiser son esprit. Elle vit une révolution qui lui fait retrouver à l'échelle de tout le continent l'esprit de doute qui s'était emparé d'elle trois siècle auparavant. (...) J'en suis convaincu : nous avons en nous la force nécessaire pour dissiper ces doutes et dépasser ces peurs. Nous évaluons trop sévèrement nos capacités et nos qualités. Regardons quelques décennies en arrière : de l'Europe divisée et affaiblie de l'après-guerre, nous avons fait un modèle de développement et de paix. Nous avons été capables de surmonter les vieilles haines, de dissiper en lieu de dialogue, de vie commune, de prospérité. A chaque étape des difficultés particulières sont apparues. Nous en sommes toujours venus à bout.

(...) Nous sommes dans un entre-deux mondes ou les rapports de forces se recomposent, ou les grands équilibres géopolitiques se redessinent : Quel rôle peut jouer l'Europe ? Doit-elle se refermer sur elle-même pour défendre ses intérêts ou participer à l'émergence d'une "organisation mondiale" satisfaisante ? (...) L'Europe ne peut pas avoir peur. D'autres pays la regardent et attendent d'elle une aide, des solutions, des ouvertures. Jamais l'Europe n'a recelé une force de conviction aussi importante. Jamais elle ne s'est engagée avec autant de détermination dans une aventure collective. Ce que nous faisons a vocation à servir de modèle pour les années à venir. L'Europe innove. L'Europe défriche. L'Europe invente l'histoire, ce qui lui donne des devoirs particuliers " (source : Dominique de Villepin et Jorge Semprun, L'homme européen, Plon, Paris, 2005).

L'ouvrage de Dominique de Villepin et de Jorge Semprun rappelle que l'histoire du continent européen fut d'abord marquée par "les déchirures que l'Europe s'est infligée à elle-même". Le rappel du parcours officiel de Jorge Semprun suffit la plupart du temps à faire accepter ce postulat. Ils considèrent que la Constitution européenne élaborée à l'échelle de plusieurs Etats-Nations est "une idée révolutionnaire" basée sur une volonté de paix.

L'enjeu de cette Constitution était à leurs yeux de donner corps à cette idée extraordinaire, en simplifiant le fonctionnement des institutions européennes pour les rendre plus efficaces au profit du citoyen européen et dans le respect des Nations. Ils considèrent que le "Traité opère un retour nécessaire à la seule source de légitimité démocratique : les citoyens".

Les partisans de la Constitution européenne avancent inlassablement les mêmes arguments. L'Europe est synonyme de PAIX ! Et ceux qui ne veulent pas l'admettre se voient opposer invariablement le drame de la Shoah comme argument contradictoire.

 A SUIVRE ...

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