24 novembre 2008

LES MEDIAS FRANCAIS ET LE REFERENDUM DU 29 MAI 2005

Blog de Pascal Jean Gimenez : Regard sur la France

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(catégorie : Regard sur la France)

13. LES MEDIAS FRANCAIS ET LE REFERENDUM 2005

Dans l'émission de télévision "Face à la presse" diffusée sur Public Sénat début 2005, le président du Groupe Prisma Presse, Axel Ganz (né le 25 juillet 1937 à Auggen, Allemagne) a reconnu avoir "réfléchi à débattre de la Constitution européenne lors du prochain comité de direction, pour savoir si le groupe ne devait pas prendre position". Interrogé par plus tard par le journal Le Monde, Axel Ganz a toutefois nuancé ses propos : "Le Groupe ne souhaite pas imposer les recommandations et appeler à voter OUI".

Axel Ganz a commencé par adapter en France des titres qui existaient dans d'autres pays : Geo et Ca m'intéresse. Puis il a créé : Gala, Capital, Prisma ou encore Femme Actuelle. Il procèdera également à des rachats de titres comme VSD. De nationalité allemande, Axel Ganz vit en France depuis vingt-neuf ans ou il paie ses impôts précise t-il. Il se dit "européen convaincu" et affirme avoir voté OUI au référendum du 29 mai 2005.

Axel Ganz a estimé en 2005 que "le débat était mal posé et qu'il y avait un besoin d'éclairer sur la Constitution européenne" et que "les rédacteurs en chef devaient poser la question. C'est un devoir de journaliste d'aider à prendre position dans ce débat". Concrètement, une lettre a été adressée en avril 2005 aux éditeurs du groupe pour qu'ils consultent tous les rédacteurs en chef : "En tant que directeur de publication de la part des titres du groupe, je peux suggérer des sujets aussi différents que la prévention de maladies ou bien l'Europe" a insisté Axel Ganz. Cette question s'est surtout posée pour le mensuel Capital ou l'hebdomadaire VSD. Coïncidence, dans le numéro de Capital du mois de mai 2005, l'éditeur du pôle économique du Groupe Prisma Presse, Jean-Joël Gurviez a pris position en faveur du OUI dans son éditorial. Il a cependant apporté la précision suivante : "Un article du mensuel Capital tente d'apporter des réponses aux questions que les gens se posent, ce qui n'a rien à voir avec les propos d'Axel Ganz. (...) Les rédactions sont libres d'écrire ce qu'elles veulent".

Certes, le débat s'est moins posé pour les lecteurs de Cuisine Gourmande ou de Voici. Même si Monsieur Cau, le rédacteur en chef de Gala, a admis "qu'il y a peut-être une façon détournée d'aborder le sujet en donnant la parole à une people". Cela a été fait le 27 avril 2005 en consacrant un article à Dominique Strauss-Kahn, intitulé : "Amour et politique sous les tropiques", lorsqu'il s'est rendu en Guadeloupe, vendredi 8 avril 2005, puis à la Réunion pour les besoins de la campagne référendaire.

Toute la presse écrite a connu des débats houleux en son sein. Si on en croit le magazine Marianne, les rédactions furent coupées en deux : d'un côté "les journalistes d'en bas", de l'autre les éditorialistes. Un rien simpliste, même s'il est vrai qu'à Marianne, Jean-François Kahn a pris position à titre personnel pour le OUI, alors que la rédaction s'est prononcée à 60% pour le NON au référendum interne. Au journal Le Monde, un comité de rédaction s'est tenu auquel tous les journalistes ont pu assister : "Il ne s'agissait pas de voter, mais de débattre et d'avoir une indication avant que Jean-Marie Colombani ne prenne position", a expliqué une représentante de la société des rédacteurs. Quelques jours plus tard, Jean-Marie Colombani s'est prononcé pour le OUI. A Libération, les conférences de rédaction du matin ouvertes à tous furent animées entre partisans du OUI et du NON.

 Au Figaro, Nicolas Beytout, le directeur de la rédaction d'alors, a trouvé une idée astucieuse pour faire campagne pour le OUI sans pour autant engager ouvertement son journal. La méthode : rédiger une pétition en faveur du OUI et inviter ensuite la rédaction à recueillir des signatures de personnalités avant de les publier dans le journal. Le texte qui invitait les directeurs adjoints du journal à mobiliser leur troupe a été envoyé par courriel le week-end du 1er mai 2005. Ils devaient ensuite être transmis aux chefs de service. Mais sa teneur en a choqué plus d'un, notamment les phrases du type : "Nous n'avons pas le droit de laisser à nos enfants une planète déréglée", ou encore, "Pour que l'Europe soit le continent des lumières, nous voterons OUI". Des accusations que Nicolas Beytout rejette : "Jamais il a été question (...) que les journalistes signent eux-mêmes", ni ne soient obligés "de rabattre des signatures".

Mais Jean-Pierre Tailleur a rappelé dans Le Monde Diplomatique de septembre 1999 : "En France, la plupart des grands groupes de communication dépendent des commandes de l'Etat. Et la plupart des publications économiques sont contrôlées par des actionnaires industriels. Pour qui se soucie de transparence de l'information, cette double dépendance serait déjà assez préoccupante. S'y ajoute encore le manque de moyens d'enquêtes des journalistes, qui leur interdit trop souvent de suivre comme ils le voudraient l'actualité économique et sociale des entreprises" (source : Jean-Pierre Tailleur, Le Monde Diplomatique, septembre 1999, p 26).

L'Observatoire Français des Médias (OFM) - association regroupant plus de 70 associations, syndicats ou partis politiques, fondée en 2003 dans la foulée du forum social de Porto Alegre - a estimé de son côté que les médias dits "dominants", les éditorialistes et les chroniqueurs s'étaient livrés pendant la campagne référendaire de 2005 à une propagande éhontée pour le OUI. L'Observatoire Français des Médias considère que dans les journaux télévisés, "les défenseurs de la Constitution européenne avaient accaparé 73% du temps de parole". Et la "quasi-totalité des titres de presse écrite" a fait campagne en faveur du OUI, ce qui l'amène à conclure que le débat sur le référendum 2005 a été biaisé.

Las, des journalistes du Groupe France Télévision et de Radio France ont lancé, mardi 4 juillet 2005, sur internet (appel-info-impartial.ra.eu.org), une pétition qui a recueilli 7 800 signatures en quelques jours, ceci afin de dénoncer "un matraquage pour le OUI sous prétexte de pédagogie". Ils évoquèrent en particulier "les positions publiques exprimées, ou sous entendus comme une évidence, par nombre de chroniqueurs, correspondants, présentateurs ou patrons de presse qui, dans l'exercice de la profession, outrepassent leur fonction en prenant position pour le OUI".

A SUIVRE ...

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