09 janvier 2009

LAURENT FABIUS

Blog de Pascal Jean Gimenez : Regard sur l'Europe

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(catégorie : Regard sur l'Europe)

LAURENT FABIUS

Laurent Fabius (né en 1946) a voté NON au projet de Constitution européenne.Pourtant sur Antenne 2 en juin 1992, il avait déclaré : "Voter OUI à Maastricht, il s'agit de la plus grande action que l'on puisse faire avant la fin du siècle". Le 29 août 1992, à l'Université d'été du Parti Socialiste (PS), il avait ajouté : "Tous les partis de gauche, dans tous les pays d'Europe sans aucune exception, ont pris position pour le traité de Maastricht (...). Comment peut-on se réclamer de la gauche et tourner le dos à toute la gauche européenne?" Et lors du meeting à Béthune le 12 septembre 1992, il avait conclut : "Partout le monde du travail appelle à la ratification du traité (...). Le chemin social passe par le OUI. (...) Ce traité va permettre des avancées pour le monde du travail; le rejeter quand on est un représentant du monde du travail? On n'y comprend plus rien".

Laurent Fabius (www.laurent-fabius.net) a depuis changé d'idée sur l'Europe. Le Président de la Fondation Copernic (www.fondation-copernic.org), Yves Salesse, a été sollicité dès le début de la campagne référendaire 2005 par l'écurie de Laurent Fabius, pour lui fournir des fiches d'analyse sur le traité constitutionnel. Le Député européen socialiste Henri Weber (www.henri-weber.fr), un ancien de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR), a également servi à cette occasion de courroie de transmission.

Face à Gilles Lecler le 17 mars 2005 dans l'émission "Questions Ouvertes" sur France 2, Laurent Fabius a souhaité "faire entendre sa musique", même s'il a refusé de courir les meetings électoraux à l'instar d'Henri Emmanuelli, sans pour autant "taire ses convictions personnelles". Tout en apportant les arguments du NON, Laurent Fabius a poursuivi son numéro d'équilibriste afin de donner l'illusion d'accorder l'inconciliable, le OUI des militants socialistes et son souhait de voir le NON l'emporter : "Le Parti Socialiste, j'en suis un des responsables, a pris une position officielle après le vote des militants. Cette position est favorable au OUI, je respecte cette décision. (...) Beaucoup de socialistes, dont je suis, ont une conviction différente. Et quand le problème est posé aux français, pas simplement posé aux socialistes, il faut exprimer sa conviction".

Son fidèle lieutenant, le député Claude Bartolone a rajouté : "Il y a en France une politique pour faire reculer l'emploi et les services publics et quand on regarde la Constitution on voit les mêmes orientations". Pour lui la directive Bolkestein était "un avant-goût de la Constitution européenne". 

Invité dimanche 8 mai 2005 sur le plateau du journal de 20 heures sur TF1, Laurent Fabius plaide pour le rejet de la Constitution européenne : "Elle risque d'aggraver cette situation, et c'est la première raison pour laquelle je dis NON, parce que je veux une Europe forte mais qui donne du travail et qui garde notre protection sociale. L'autre raison, c'est que cette Constitution risque de cadenasser complètement l'avenir de l'Europe. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais à partir du moment ou on adopterait ce texte il ne pourrait être modifié dans la moindre virgule qu'à l'unanimité. C'est à dire qu'il y en a pour trente ans".

Laurent Fabius s'en prend aux "conséquences" du OUI, renversant ainsi l'un des principaux angles d'attaque dont le camp du NON est l'objet : "(...) Je pense qu'avec ce texte (...) le risque c'est qu'il y ait un décrochage de la situation sociale et économique des français. Pourquoi? Jusqu'à présent l'Europe c'était 6 pays, puis 12, puis 15 pays. Aujourd'hui c'est 25. On va aller vers 30 pays, certains parlent même de la Turquie, je ne suis pas d'accord mais certains en parlent, et désormais il y a une énorme hétérogénéité de situations. Songez qu'en Pologne par exemple le salaire minimum, c'est six fois moins qu'en France. A partir du moment ou on dit la seule règle c'est la concurrence entre tous ces pays, il va y avoir un risque terrible de baisse de nos salaires, de baisse de nos protections sociales, de baisses des pensions. Et il est dit dans ce texte qu'il sera interdit à l'Europe d'aller vers le haut en harmonisant. D'ou le problème des délocalisations".

Pour conclure, Laurent Fabius demande que le traité constitutionnel soit renégocié: "(...) Il faut le renégocier. C'est d'ailleurs écrit noir sur blanc page 186 dans la déclaration n°30. Il est dit : si à échéance de deux ans tous les pays n'ont pas adopté le texte, ce qui est archiprobable, les chefs d'Etat et de gouvernements vont se retrouver...(...) Je ne veux pas d'une Europe, comme aujourd'hui, dictée par la finance. J'ai une expérience de cela, j'ai été Ministre de l'Economie et des Finances. Or je constate qu'aujourd'hui c'est la finance qui domine tout. Moi je veux que la finance fasse la place à l'économie et l'économie surtout au social. Cela nécessite qu'on commence par dire NON et ensuite qu'on rediscute. (...) Il y a des exemples ou la France a dit NON et ce sont de grands exemples. On pense bien sûr à de Gaulle, mais plus près de nous Mitterrand a dit NON à la conception européenne de Madame Thatcher, et lorsque nous avons dit, nous français NON à la guerre en Irak, la France s'est sentie plus forte. Je pense que ce sera la même chose avec cette renégociation".

Dans un entretien accordé au Figaro (10 mai 2005), Roland Dumas "confie" à Myriam Lévy qui lui demande comment il explique l'opposition de Laurent Fabius à ce traité constitutionnel: "C'est purement tactique. C'est une resucée du congrès de Rennes. Laurent Fabius était Premier Ministre lorsque j'ai négocié les traités européens. Je serais le dernier à le taxer d'anti-européen. Mais, dans la situation actuelle, l'Europe n'est pas sa préoccupation. Il sait trop bien comment elle fonctionne pour ne pas mesurer l'incapacité dans laquelle nous nous trouverions si la France votait NON". 

Pour Michel Sapin, ancien Ministre socialiste de l'Economie et des Finances de Pierre Bérégovoy, actuel Président du Conseil Régional du Centre : "(...) Le positionnement de Laurent Fabius est une injure à la morale politique. Il incarne l'insécurité et le cynisme portés à un niveau rarement atteint. (...) C'est la caricature du double discours : "Dire le contraire de ce que l'on fera et faire le contraire de ce que l'on dit". Cette maxime reste sa règle de base. Son attitude me rappelle la girouette d'Egard Faure: Si le vent tourne aujourd'hui, il tournera demain. Quelle sera alors la position de Fabius?" (source : Le Point, semaine du 3 novembre 2005, n° 1729).

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