07 mai 2009
BREVE HISTOIRE DE LA MEDITERRANEE
Blog de Pascal Jean Gimenez : Regard sur le Dialogue en Méditerranée
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(catégorie : Regard sur le Dialogue en Méditerranée)
BREVE HISTOIRE DE LA MEDITERRANEE
Il est indéniable que le brassage incessant des civilisations installées sur le pourtour de la Méditerranée a permis à des peuples de quitter graduellement leur condition primitive pour progresser dans le domaine des moeurs, des connaissances ou des idées. Ces peuples ne peuvent pas, non plus, ne pas s'être nourris des trois religions monothéistes aux origines communes qui se sont répondues sur l'ensemble du bassin méditerranéen, et au-delà, jusqu'à imprégner une grande partie de l'Humanité. Leur influence consciente ou inconsciente sur l'esprit des populations est une des composantes majeures des faits qui se sont déroulés en Méditerranée, la source de nombreuses conquêtes relevant souvent de considérations religieuses.
Edgard Nahoum (né en 1921 à Paris), alias Edgar Morin, célèbre sociologue et philosophe français, a parfaitement résumé les influences fécondes de l'entremêlement culturel en Méditerranée, lors d'un discours prononcé en 1994 à Barcelone, quand il reçoit le Prix International Catalunya. Attribué par Generalitat de la Catalogne depuis 1989, doté de 100 000 euros et de la sculpture "La clau i la llettra" ("la clé et la lettre") d'Antoni Tapies, ce prix est attribué chaque année aux personnes qui ont contribué de façon importante par leur travail créatif à développer les valeurs culturelles, scientifiques et humaines dans le monde entier.
Extraits choisis du discours d'Edgar Morin :
"Si mes gènes, si mes chromosomes pouvaient parler, ils vous raconteraient une odyssée méditerranéenne qui partirait à peu près comme celle d'Ulysse, mais plus au Sud, de la Méditerranée asiatique, ce Moyen-Orient d'aujourd'hui; ils vous raconteraient leurs voyages dans l'empreinte romain, leur arrivée dans la péninsule ibérique et en provence, ils vous diraient plus d'un millénaire d'enracinement et près de sept cents années dans une Espagne plurielle aux divers royaume et aux trois religions, jusqu'à pour certains 1492, et pour d'autres le 17e siècle; mes gènes, mes chromosomes vous diraient comment ces ancêtres conversos auront connu pendant deux siècles le baptême de l'Eglise catholique; puis ils vous narreraient leur séjour rejudaïsé dans le grand duché de Toscane à Livourne jusqu'à la fin du 18e siècle, ou poussés par les grands courants de l'expansion économique de l'occident, ils avaient gagné, dans l'Empire Ottoman, la grande cité de Salonique peuplée en grande majorité de séfarades qui parlaient le vieil espagnol antérieur à la jota; puis ils vous diraient le retour vers l'occident au début du siècle, et enfin l'enracinement en France.
Mes gènes vous diraient que toutes ces identités méditerranéennes successives se sont unies, symbiotisées en moi, et au cours de ce périple bimillénaire, la Méditerranée est devenue une patrie très profonde. Les papilles de ma langue sont méditerranéennes, elles appellent l'huile d'olive, elles s'exaltent d'aubergines et de poivrons grillés, elles désirent tapas ou mézés. Mes oreilles adorent le flamenco et les mélopées orientales. Et dans mon âme, il y a le je ne sais quoi qui me met en résonance filiale avec son ciel, sa mer, ses îles, ses côtes, ses aridités, ses fertilités ...
Mes gènes vous confieraient aussi qu'ils ont vécu une expérience typiquement ibérique, l'expérience marrane. Le marranisme n'est pas seulement, comme beaucoup le croient, une façon secrète d'être juif sous le masque chrétien ou une façon d'avoir dissous son ascendance juive dans un christianisme sincère, c'est aussi l'expérience dans un même esprit et une même âme de la rencontre de deux religions antagonistes. Ou bien cet antagonisme produit la dissolution de ce que l'une et l'autre religion ont de formel et dégage alors une prodigieuse combustion mystique, et c'est Thérèse d'Avila. Ou bien le choc des deux religions dissout l'une et l'autre pour faire place au doute et à l'interrogation généralisée, et c'est le cas de Montaigne, lui aussi issu de conversos. Ou bien encore le Dieu transcendant se désintègre et c'est la nature qui devient divine en devenant auto-créatrice, et c'est Spinoza. Et moi oui, je suis mystique certes à ma façon, je suis rationnel, je suis sceptique, et je n'aurais pas été tel sans Séfarad, je veux dire les Espagnes (...)"
(sources : www.archipress.org/morin/mediterranee.htm et www.gencat.net/pic/fra/index.htm)
De tout temps, des peuples, des civilisations ou des communautés ont su tirer profit des aléas de l'Histoire, s'imposer au détirment des autres, s'enrichir par le pillage, échanger des idées ou des procéder, tisser des alliances stratégiques avec les différents acteurs du moment, s'approprier des territoires par la force et la ruse, ect ...
La réalité brutale du cheminement de la Méditerranée est tout, sauf poétique.
A SUIVRE ...
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10:38 Publié dans VI REGARD SUR LE DIALOGUE EN MEDITERRANEE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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